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Maladies du vin

Mécanismes, prévention et correction des altérations du vin : piqûres lactique et acétique, tourne, fleur, géosmine, ochratoxine, pinking, goût de souris et plus.

Introduction & index

De la vigne au verre, l'attention portée au vin vise d'abord à devancer une série d'altérations bien identifiées, d'origine bactérienne, levurienne, fongique ou simplement oxydative. Un point commun à la plupart : une fois la dégradation organoleptique installée, elle est le plus souvent irréversible. La bataille se gagne donc en amont — hygiène, SO₂ actif ajusté, fermentations franches et complètes.

Maladies bactériennes

Longtemps quasi éradiquées, ces altérations reviennent avec la hausse des pH (millésimes chauds) et la baisse des doses de SO₂. Un SO₂ actif de l'ordre de 0,35 mg/L suffit à brider les bactéries lactiques ; les bactéries acétiques, elles, y sont moins sensibles. La coloration de Gram permet de les distinguer : lactiques Gram +, acétiques Gram −.

Piqûre lactique

Mécanisme & symptômes

Sur une fermentation alcoolique incomplète ou arrêtée, les bactéries lactiques dégradent les sucres → hausse de l'acidité volatile et notes de yaourt, lait fermenté. Signature analytique : de l'acide lactique sous les deux formes D− et L+, alors que la fermentation malolactique ne produit que la forme L+.

Variante — piqûre mannitique: dégradation de l'acide citrique ou formation de mannitol.

Prévenir
  • Fermentations franches et complètes
  • Sulfitage rigoureux avant FA et précoce après
  • Éviter surmaturité et acidités basses
  • Hygiène, élimination rapide des lies, lysozyme

Piqûre acétique

Mécanisme & symptômes

En présence d'oxygène, des bactéries acétiques (Acetobacter, Gluconobacter) oxydent l'éthanol en acide acétique et acétate d'éthyle (odeur de piqué / colle, durcissement du vin). La population, faible sur raisin et stable pendant les fermentations, explose pendant l'élevage dès qu'il y a de l'air (après soutirage) et de la chaleur.

Repères : acidité volatile > ~0,5-0,8 g/L (H₂SO₄) ; acétate d'éthyle perceptible dès ~120-150 mg/L.

Prévenir & corriger
  • Minimiser les contacts vin-oxygène (ouillage, gaz inertes)
  • Éliminer les foyers (robinets, tuyaux, cuves, barriques)
  • Aérations strictement contrôlées, températures basses
  • En dernier recours : filtration, flash-pasteurisation

La tourne

Mécanisme & symptômes

Les bactéries lactiques dégradent l'acide tartrique en produisant de l'acide acétique et du CO₂. Le vin s'affadit, perd de sa fraîcheur et de son acidité, et devient gazeux.

Prévenir
  • Sulfitage et pH bien ajustés
  • FML maîtrisée, hygiène, lysozyme

Amertume

Mécanisme & symptômes

Devenue très rare. Des bactéries lactiques (Lactobacillus hilgardii, L. diolivorans) dégradent le glycérol en acroléine, qui réagit avec les polyphénols (anthocyanes) pour donner cette saveur amère.

Prévenir
  • Fermentations complètes, SO₂ et pH ajustés
  • Hygiène rigoureuse, lysozyme

Beurre (diacétyle)

Mécanisme & symptômes

Oenococcus oeni métabolise l'acide citrique en diacétyle → notes beurrées, de caramel. À petite dose il peut être recherché ; en excès, il masque le fruit.

Prévenir
  • FML maîtrisée puis sulfitage post-FML
  • Lysozyme

Goût de souris

Mécanisme & symptômes

Production de tétrahydropyridines par Brettanomyces et des bactéries lactiques. Non volatil au pH du vin, le défaut ne se sent pas au nez : il se révèle en bouche, au contact de la salive — arrière-goût persistant d'urine de souris.

Prévenir
  • Hygiène, SO₂ et pH ajustés, fermentations saines
  • Chitosane, lysozyme

Graisse (viscosité)

Mécanisme & symptômes

Des bactéries lactiques du genre Pediococcus (parfois Oenococcus) sécrètent des glucanes (exopolysaccharides) qui épaississent le vin : il devient filant, huileux et s'écoule en un filet continu, comme un sirop léger. Le goût est peu modifié, mais l'aspect est rédhibitoire. Terrain à risque : vin peu acide, pauvre après fermentation, faiblement sulfité.

Corriger & prévenir
  • Casser la viscosité par un fouettage/brassage énergique (les glucanes sont fragiles à l'agitation), puis filtration serrée et sulfitage.
  • Prévenir : SO₂ et pH ajustés, hygiène, ne pas laisser les bactéries persister après la FML.

Amines biogènes

De quoi s'agit-il

Des bases azotées (histamine, tyramine, putrescine, cadavérine) issues de la décarboxylation d'acides aminés par les bactéries lactiques, surtout pendant et après la FML. Ce n'est pas un défaut sensoriel franc (hormis des notes de putréfaction à forte dose) mais un enjeu sanitaire: l'histamine et la tyramine sont mal tolérées à forte concentration. Plus fréquentes sur les rouges (FML systématique, macération) et à pH élevé.

Limiter
  • Souches sélectionnées (sans décarboxylase), azote et pH maîtrisés.
  • Ne pas laisser la population bactérienne persister à l'élevage : sulfitage à la mise au propre, lysozyme à pH élevé ; bentonite curative sur blancs/rosés.

Détail dans la fiche Les bactéries du vin.

Maladies levuriennes & fongiques

Fleur

Mécanisme & symptômes

La maladie des cuves mal ouillées et des vins sous-sulfités. Des levures à métabolisme oxydatif (Candida, Pichia, Hansenula) forment un voile en surface au contact de l'air. Candida transforme l'éthanol en éthanal (caractère d'évent, odeur de pomme) ; prolongée, l'altération donne un vin fade et jauni. Concerne surtout les vins < 11 %vol.

À ne pas confondre avec le voile recherché des vins jaunes du Jura ou du Xérès, dû à Saccharomyces cerevisiae (moins d'éthanal, arômes typiques).

Prévenir & corriger
  • Récipients pleins et/ou inertés, hygiène
  • SO₂ suffisant
  • Si besoin : pastilles anti-fleur (paraffine), acide sorbique, flash-pasteurisation

Géosmine

Mécanisme & symptômes

Odeurs de terreux, moisi, humide, betterave — associées à des grappes atteintes de pourriture (Penicillium), reconnaissables à leur feutrage blanc.

Seuil de perception très bas : ~40 ng/L.

Prévenir & corriger
  • Trier et isoler les grappes touchées, éviter la surmaturité
  • Atténuation partielle : collage caséine / charbon, macération ou thermovinification à chaud

Ochratoxine A (OTA)

Mécanisme & symptômes

Mycotoxine produite au vignoble par Aspergillus carbonarius (mycélium noir anthracite), dès la véraison — parfois sans symptôme externe visible. Cancérigène à forte exposition prolongée, elle est encadrée : la limite de commercialisation est de 2 µg/L (UE, 2005). Surtout présente sur le pourtour méditerranéen (chaleur, humidité littorale).

Prévenir & corriger
  • Pellicules saines : maîtrise de la vigueur, effeuillage, éclaircissage, lutte contre les vers de la grappe
  • Vendange précoce, tri, macération courte (le rouge en extrait plus)
  • Au chai : charbon actif (seul autorisé sur rouges avant fin de FA) ou fibres végétales sélectives (OIV, 2017) à la filtration

⚠️ Il est interdit de traiter un vin dépassant déjà 2 µg/L.

Géranium

Mécanisme & symptômes

Dégradation du sorbate de potassium par les bactéries lactiques → parfum caractéristique de géranium (2-éthoxy-3,5-hexadiène).

Seuil de perception extrêmement bas : ~1 ng/L.

Prévenir
  • SO₂ suffisant si emploi de sorbate, doses limitées
  • Ne pas sorbater un vin susceptible de refaire une FML

Défauts oxydatifs

Pinking (rosissement oxydatif)

Mécanisme & symptômes

Évolution de la couleur des vins blancs vers des nuances gris-rose, déclenchée par une légère oxydation (pompage, filtration, stabilisation, ou après mise). Touche surtout les vins jeunes élaborés en conditions réductrices (Sauvignon typiquement). Particularité : les composés en cause ne sont ni décolorés par le SO₂ ni sensibles au pH ; la teinte réagit à la lumière et s'estompe souvent après quelques mois.

Test de sensibilité (Simpson) : mesure de la densité optique 24 h après ajout d'eau oxygénée ; risque si l'épaulement à 500 nm dépasse un indice de 5 (ΔDO > 0,05).

Prévenir & corriger
  • Élevage sur lies en conditions réductrices
  • Sur vins à risque : PVPP (± bentonite ou acide ascorbique)
  • À la mise : acide ascorbique (~45 mg/L), en association avec du SO₂ pour éviter le brunissement
  • Le collage à la caséine est sans effet.

Maladies traitées dans des fiches dédiées

Trois altérations majeures ont leur propre fiche, plus détaillée :

Sources bibliographiques

  • Bartowsky E.J. : « Bacterial spoilage of wine and approaches to minimize it », Lett. Appl. Microbiol. 48, 2009 (piqûre acétique, altérations bactériennes).
  • Ribéreau-Gayon, Glories, Maujean, Dubourdieu : Traité d'Œnologie — Tome 2, Dunod, 2012.
  • Claisse, O. & Lonvaud-Funel, A. : détection des bactéries lactiques productrices d'acroléine, 2001.
  • Simpson, R. : test de sensibilité au rosissement, 1977.
  • OIV : fibres végétales sélectives (adsorption OTA), 2017.

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