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Dioxyde de soufre

Propriétés du SO₂, dosage à l'encuvage selon le risque sanitaire, réglementation par type de vin.

Qu'est-ce que c'est ?

Le dioxyde de soufre (SO₂), aussi appelé anhydride sulfureux, est l'additif alimentaire (E220) le plus couramment utilisé en œnologie pour protéger, stabiliser et conditionner les moûts et vins.

Ses propriétés lui permettent d'inhiber les levures et les bactéries, ce qui en fait le moyen le plus efficace de prévenir les altérations. Son utilisation optimale requiert une bonne connaissance de ses équilibres physico-chimiques.

Trois fondements à respecter

  • Précision— doser selon l'objectif visé, sans excès ni insuffisance ; l'efficacité et la qualité du vin en dépendent.
  • Anticipation — agir de manière préventive avant que les altérations ne se manifestent, plutôt que de corriger après coup.
  • Homogénéité — chaque litre de moût ou de vin doit recevoir sa fraction de SO₂ ; un sulfitage hétérogène est un sulfitage inefficace.

Propriétés

  • Antiseptique — effet inhibiteur réel sur les levures et les bactéries.
  • Anti-oxydant— empêche l'oxydation des molécules du vin, notamment des polyphénols.
  • Anti-oxydasique — inhibe les polyphénol oxydases : laccases et tyrosinases.

Le SO₂ se présente sous différentes fractions selon les paramètres physico-chimiques du vin : SO₂ libre (fraction active) et SO₂ combiné. La fraction libre se distingue en deux formes : H₂SO₃ (SO₂ actif), très actif, et l'ion bisulfite HSO₃⁻. L'équilibre entre ces formes dépend du TAV, de la température et du pH.

Calculateur SO₂ actif

SO₂ libre requis pour atteindre les seuils de protection

CibleSO₂ASO₂L requisStatut
Rouges0.5 mg/L
Anti-Brett0.625 mg/L
Blancs/rosés0.8 mg/L
Moelleux1.2 mg/L
Mutage1.5 mg/L

⚠ Ne pas dépasser 2 mg/L SO₂ actif (seuil de perception sensorielle)

Formes d'utilisation

Mèches soufrées

Combustion de soufre élémentaire produisant du SO₂ gazeux (1 g de soufre → ~2 g de SO₂). Réservées aux petits contenants et barriques vides. La combustion laisse des résidus au fond du contenant : un nettoyage est nécessaire avant tout remplissage. Le dégagement est puissant — ne pas rester exposé dans un espace confiné ou insuffisamment ventilé.

SO₂ gaz liquéfié

Forme pure et économique, adaptée aux gros volumes. Incorporation par sulfidoseur équipé d'un diffuseur. Produit dangereux pour l'utilisateur — manipulation en espace ventilé avec équipements de protection individuels adaptés.

Le même anhydride existe aussi en solution aqueuse à 6 % (admise en bio américaine NOP, cf. ci-dessous). Ces bidons paraissent souvent bombés : sans danger — ce gonflement vient du remplissage rapide en chaîne et de l'absence de bouchon dégazeur, pas d'une surpression à risque de rupture.

Solution aqueuse

Forme polyvalente et bien miscible, incorporable au goutte-à-goutte sur vendange ou vin. Disponible en plusieurs concentrations :

Titreg SO₂ / LNatureUsage courant
6 %60 g/LSO₂ pur (anhydride sulfureux)Seule forme aqueuse admise en bio américaine (NOP) — export États-Unis
8 %80 g/LBisulfite de potassiumCourant en petite structure
10 %100 g/LBisulfite de potassiumBon compromis stabilité / manipulation — très répandu
15 %150 g/LBisulfite de potassiumMoins courant, mais existe
18 %180 g/LBisulfite de potassiumConcentration standard élevée

⚠ Le titre se dégrade avec le temps. Conserver les bidons bien fermés et contrôler régulièrement la concentration.

Bio USA (NOP) : seule la solution de SO₂ pur (anhydride sulfureux, ~6 %) est admise ; les solutions de bisulfite de potassium (8 à 18 %) ne sont pas autorisées (sel synthétique distinct du SO₂).

Métabisulfite / pyrosulfite de potassium (E224)

Poudre blanche contenant 52 à 55 % de son poids en SO₂ (référence pratique : 1 g → 0,5 g SO₂). Apport direct possible sur vendange. Pour une incorporation sur moût ou vin, dissolution préalable dans l'eau recommandée. Contribue à un apport de potassium — à intégrer dans le bilan minéral. Conserver en récipient hermétique à l'abri de l'humidité.

Comprimés effervescents

Association de métabisulfite de potassium (E224) et de bicarbonate de potassium (E501ii). Formats courants en cave : 2 g et 5 g de SO₂ par comprimé. Très pratiques pour l'ajustement du SO₂ sur barriques en élevage, sans préparation préalable.

Réalisation pratique du sulfitage

  • Ne jamais injecter une solution de SO₂ pure dans la masse — densités trop différentes, diffusion insuffisante.
  • Diluer la solution dans 10 à 20 fois son volume de vin avant incorporation.
  • Homogénéiser en brassant environ 30 % du volume par pompage ou soutirage.
  • Éviter tout contact avec l'air pendant le mélange pour ne pas dissoudre d'oxygène.

Dosage SO₂ en cuve

Taux de combinaison : (SO₂L final − SO₂L initial) / SO₂T ajouté. À mesurer 24–48h après addition. Défaut : 2/3 ≈ 0.667.

Renseignez les concentrations SO₂L (voulu > présent), le taux de combinaison et le volume de cuve.

Production de SO₂ par les levures

Certaines levures sont capables de synthétiser du SO₂ de manière endogène à partir des sulfates présents dans le milieu — qu'ils proviennent des traitements phytosanitaires de la vigne ou du sulfate d'ammonium utilisé comme activateur de fermentation. Ce SO₂ néo-formé est intégralement combiné : il contribue à élever le SO₂ total sans apporter aucune protection antiseptique ou antioxydante supplémentaire.

Les quantités produites restent en général négligeables pour les levures commerciales sélectionnées, mais certaines souches peuvent générer jusqu'à 80 à 100 mg/L de SO₂ total. Les comportements des levures indigènes sont quant à eux très variables et imprévisibles.

Paramètre à intégrer dans le bilan SO₂ total, particulièrement pour les vins soumis à des limites réglementaires strictes ou pour les démarches à faible intrant. Le choix d'une souche faiblement productrice de SO₂ est un levier simple et efficace.

Parcimonie et doses légales

Un dosage insuffisant ou excessif peut nuire aux fermentations et aux qualités organoleptiques. Le tableau ci-dessous récapitule les teneurs maximales légales en SO₂ total par catégorie de vin.

VinsSucres (g+f)Conventionnel (mg/L)Bio (mg/L)
Rougessucres < 2 g/L150100
Rouges2 ≤ sucres < 5 g/L150120
Rougessucres ≥ 5 g/L200170
Blancs & roséssucres < 2 g/L200150
Blancs & rosés2 ≤ sucres < 5 g/L200170
Blancs & roséssucres ≥ 5 g/L250220
Blancs moelleux / doux AOP-IGP (TAV ≥ 15 %, sucres ≥ 45 g/L)300270
Vendanges tardives / « Auslese » (certaines AOP)350320
Liquoreux, botrytisés, Eiswein (Sauternes, Monbazillac…)400370
Vins mousseux de qualité (Champagne, Crémant…)185155
Autres vins mousseux235205
Vins de liqueursucres < 5 g/L150120
Vins de liqueursucres ≥ 5 g/L200170

Sources : conventionnel = Règlement (UE) 2019/934, annexe I, partie B ; bio = Règlement (UE) 2021/1165, annexe V, partie D (teneur du conventionnel réduite de 30 mg/L, sauf rouges < 2 g/L : 100 mg/L et blancs/rosés < 2 g/L : 150 mg/L).

Étiquetage : tout vin contenant plus de 10 mg/L de SO₂ total doit obligatoirement porter la mention « contient des sulfites » ou « contient du dioxyde de soufre » sur l'étiquette (vins tranquilles et effervescents — Règlement (UE) 2019/33).

Ajustement du sulfitage à l'encuvage

0%10%20%30%
345678
10°C20°C30°C
MauvaiseBonne

Décomposition

Base (FA spontanée)3 g/hL
Pourriture 0%-2
Acidité 3 g/L+2
Température 10°C-1
Hygiène+2

Dose SO₂ préconisée à l'encuvage

4g/hL

À savoir — Réduire les doses

  • 1 mg/L d'O₂ dissous consomme 4 mg/L de SO₂ libre.
  • Plus la température diminue, plus le SO₂ et l'O₂ se dissolvent facilement.
  • Durant la FA, la densité optimale pour le dosage du SO₂ se situe entre 1050 et 1030.
  • Filtration stérilisante en fin de fermentation → diminue considérablement les populations microbiennes.
  • Flash pasteurisation→ stérilise la vendange à l'encuvage.
  • Chute de température à 6°C en fin de FA → ralentit l'activité des micro-organismes.
  • Bullage à l'azote à l'encuvage → diminue l'éthanal et donc la part de SO₂ combiné.
  • Thiamine en début de FA → diminue la teneur en composés combinants.
  • Lysozyme→ inhibe l'activité bactérienne.

Réduire le SO₂ au peroxyde d'hydrogène

⚠️ Interdit en France et dans l'Union européenne

Le peroxyde d'hydrogène ne figure pas parmi les pratiques œnologiques autorisées (règlement UE 2019/934). Cette section est présentée à titre informatif et pédagogique— ce n'est en aucun cas une recommandation d'emploi.

Le peroxyde d'hydrogène (eau oxygénée, H₂O₂) est un oxydant qui transforme le SO₂ en ions sulfate, faisant chuter sa teneur. La réaction est stœchiométrique — une molécule de H₂O₂ par molécule de SO₂ (SO₂ + H₂O₂ → H₂SO₄), soit environ 0,53 g de H₂O₂ par gramme de SO₂ à retirer.

L'opération serait délicate même là où elle est tolérée : le H₂O₂ est un oxydant puissant qui n'attaque pas que le SO₂ (un excès oxyde le vin), il n'agit que sur le SO₂ libre — une partie du combiné se relibère ensuite — et il augmente la teneur en sulfates.

Réduction du SO₂ au peroxyde d'hydrogène

⚠️ Interdit en France / UE comme traitement du vin. Outil informatif, pas une recommandation d'emploi.
Renseignez le SO₂ à retirer (mg/L) et le volume (hL).

Acide sorbique — complément du SO₂

L'acide sorbique est utilisé en œnologie sous sa forme saline, le sorbate de potassium (E202), pour son action fongistatique et anti-levurienne : il inhibe la germination des spores de levures et bloque leur multiplication, empêchant ainsi toute refermentation en bouteille des vins à sucres résiduels.

Il n'agit pas sur les bactéries. Son association obligatoire avec le SO₂ libre (20–40 mg/L) n'est pas une simple précaution : c'est une nécessité absolue pour prévenir la dégradation du sorbate par les bactéries lactiques.

Risque critique — odeur de géranium

En l'absence de SO₂ suffisant, les bactéries lactiques dégradent l'acide sorbique en 2-éthoxy-3,5-hexadiène, responsable d'une odeur de géranium intense et irréversible. Ce défaut est éliminatoire et ne peut pas être corrigé.

ParamètreValeur / Remarque
Dose max (acide sorbique)200 mg/L
Dose max (sorbate de potassium)≈ 275 mg/L (1 g acide sorbique ≡ 1,34 g sorbate K)
SO₂ libre minimal associé20–40 mg/L libre
SolubilitéFaiblement soluble dans le vin — ajouter lentement sous agitation
Exportation JaponInterdit — vérifier les marchés cibles
Bio UEAutorisé (même limites)

Bonnes pratiques

  • S'assurer que la fermentation malolactique est terminée ou maîtrisée avant l'ajout.
  • Diluer préalablement le sorbate dans une petite quantité de vin avant incorporation.
  • Ne jamais utiliser seul : toujours coupler à une sulfitation efficace.
  • Réservé aux vins avec sucres résiduels — inutile sur un vin sec stable.

Autres alternatives et compléments

Aucun additif ne peut se substituer intégralement au SO₂, mais plusieurs produits permettent d'en réduire l'usage ou d'en compléter l'action selon le contexte.

Lysozyme (E1105)

Enzyme naturelle extraite du blanc d'œuf, active contre les bactéries à Gram positif par dégradation de leurs parois cellulaires, notamment les bactéries lactiques. Utilisations principales : bloquer ou retarder la fermentation malolactique sur vins blancs, stabiliser microbiologiquement après FML, limiter les risques de piqûre lactique en fin de FA difficile, freiner la FML en vinification par macération carbonique. Coût relativement élevé. Point de vigilance : vérifier les obligations d'étiquetage allergènes (œufs) selon les teneurs résiduelles.

DMDC — dicarbonate de diméthyle (E242)

Agent fongicide et bactériostatique à large spectre, autorisé avant mise en bouteille sur vins contenant plus de 5 g/L de sucres résiduels. Agit par inactivation irréversible des enzymes intracellulaires des micro-organismes. Se décompose spontanément dans le vin en CO₂ et méthanol, en quantités résiduelles très largement inférieures aux seuils toxicologiques. Son emploi nécessite un équipement de dosage spécifique, ce qui représente un investissement.

Mutage des vins à sucres résiduels

Le mutage désigne l'interruption intentionnelle de la fermentation alcoolique pour conserver tout ou partie des sucres du moût. Il s'applique aux vins blancs doux, moelleux, liquoreux, aux vins de liqueur et aux vins doux naturels. Le calculateur ci-dessous permet de simuler l'équilibre alcool / sucres résiduels, d'estimer la densité de mutage et intègre le déroulé opérationnel.

Facteurs augmentant la combinaison du SO₂ au mutage

  • Botrytis cinerea— pouvoir combinant croissant avec l'évolution vers la pourriture grise ; très élevé sur raisins surmûris ou passerillés.
  • Sulfitage préfermentaire élevé— stimule la production d'éthanal par la levure, principal combinant du SO₂.
  • Mutage sur lies — augmente significativement le pouvoir combinant du milieu.
  • Fractionnement des apports — diviser la dose en plusieurs ajouts accroît la fraction combinée résultante.

Test de combinaison

Pour déterminer précisément la dose à apporter, un essai préalable peut être conduit sur un échantillon du moût en fermentation : des doses croissantes de SO₂ sont ajoutées à une série de prélèvements ; après une heure de contact à température ambiante, on mesure SO₂ libre et total sur chaque tube. La droite de régression linéaire obtenue permet d'extrapoler la dose totale nécessaire pour atteindre la cible de SO₂ libre souhaitée (typiquement 40 mg/L).

Alternatives physiques au mutage chimique

  • Microfiltration tangentielle (pores 0,2 µm) — élimine la totalité de la biomasse microbienne ; économie de SO₂ total d'environ 6 % par rapport à un mutage traditionnel froid + soutirage.
  • Flash pasteurisation (70–76 °C pendant ~20 s) — économie de SO₂ pouvant atteindre 20 à 30 %.

Point de mutage

Déroulé opérationnel

  1. Freiner la fermentation par refroidissement à l'approche de la densité cible.
  2. Réduire la biomasse par soutirage (ou microfiltration tangentielle / flash pasteurisation).
  3. Apporter le SO₂ en une seule fois— le fractionnement favorise l'accoutumance et compromet l'arrêt complet.
  4. Viser 40–60 mg/L de SO₂ libre selon le pH.
  5. Maintenir une hygiène rigoureuse pour prévenir toute recontamination.
  6. Éliminer les levures résiduelles par filtration stérilisante une fois la stabilité confirmée.
Renseignez le TAV potentiel initial et le TAV acquis cible (acquis < potentiel).

Sources bibliographiques

  • BLOUIN : LE SO2 EN OENOLOGIE, DUNOD 2014.
  • ITV FRANCE : LA MAITRISE DU SULFITAGE DES MOÛTS ET DES VINS, 2002.
  • BARBE, DE REVEL, PERELLO, LONVAUD-FUNEL, BERTRAND : LA COMBINAISON DU DIOXYDE DE SOUFRE DES MOÛTS ET VINS ISSUS DE RAISINS BOTRYTISES, REVUE FRANCAISE D'OENOLOGIE, 2001.
  • INSTITUT OENOLOGIQUE DE CHAMPAGNE : CHOSES SULFUREUSES, 2012.
  • VINSONNEAU, CESTARET, CHARRIER : LIMITER L'UTILISATION DU SO2 TOUT EN PRESERVANT LA QUALITE DU VIN, 2009.
  • PIC, PLADEAU, GRANES : FACTEURS TECHNOLOGIQUES ET OENOLOGIQUES DE MAITRISE DES SULFITES EN FERMENTATION ALCOOLIQUE, 2010.

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